vermeer"J'ai besoin !", pleurnichait MilliSidi quand elle était petite, comme justification ultime à l'une quelconque de ses revendications.

Moi, en ce moment, je crois que j'ai besoin d'écrire. Ca fait longtemps que j'y pense, longtemps que j'essaye par plage de dix minutes tous les trois mois. Plus longtemps encore que j'abandonne avant d'être arrivée au bout d'une idée.

Ce blog a presque trois ans et demie, et depuis sa création je consulte tous les jours les statistiques de fréquentation. Petit tic honteux et pénible, d'autant que le blog plafonne piteusement à une douzaine de lecteurs réguliers, peut-être vingt. C'est un échec cuisant, une amertume renouvellée quotidiennement en constatant que non, aucun éditeur ne s'est précipité sur moi pour me proposer d'écrire le livre qui fera de moi un prix Nobel.

Au début, j'ai essayé de ruser pour rameuter des lecteurs, en suivant des conseils destinés aux bloggeurs débutants : commenter sur d'autres blogs, écrire souvent. Ca n'a pas marché et ça m'a vite fatiguée.

Ces temps-ci - ça m'arrive régulièrement - je crêve d'envie de montrer le blog à mes copains. Aucun ne le connait ; d'ailleurs, les seuls lecteurs qui connaissent la vraie Sidi sont Pisderman et une copine qui vit suffisamment loin pour que nos quotidiens n'interfèrent pas, et que je ne sois pas forcée de me censurer pour éviter de la blesser. Parce que rompre l'anonymat, c'est exposer le dedans de mon crâne, dont Dieu sait qu'il est plein d'aspérités, aux gens avec qui je passe le week-end. C'est devoir écrire : "trop chouette soirée avec V. et P.", parce que je sais qu'ils liront, alors qu'on préfèrerait raconter autre chose. Pas forcément quelque chose qui déplairait aux intéressés, mais simplement autre chose. C'est surtout la garantie que mes enfants et mes parents finiront forcément par être au courant. Ce dont je n'ai aucune envie, parce que j'ai souvent décrit ici le creux de la vague. Ils la prendraient en pleine figure. Je n'ai clairement pas le droit de leur infliger ça.

Restent les copains avec qui je ne passe pas le week-end, ceux que je croise loin de mes gosses. Ils ne sont pas nombreux, mais je pense que ça en intéresserait quelques uns. Là, c'est la pudeur qui me retient. Je rêverais qu'ils découvrent un jour ce que j'écris, à condition que je ne sois pas au courant. Et puis ça serait passablement ridicule de dire : "tiens au fait, si ça t'intéresse, je raconte ma vie en pointillés sur un blog, voilà le lien". Je les vois d'ici rougir de gêne derrière leur écran, ne rien comprendre à mes bribes d'idées.

C'est donc l'absence de lecteurs potentiels qui m'a souvent découragée d'écrire ici, et d'écrire tout court d'ailleurs. Mais ces derniers jours, je me dis que, peut-être, ce qui compte n'est pas seulement d'être lue. Ce qui compte aussi (surtout ?) est le plaisir pris à écrire, plaisir réel, qui peut transformer une journée terne en quelque chose de riche, de rempli.

Et relisant ce dernier paragraphe, je réalise que c'est encore loin d'être vrai. J'ai besoin d'être lue, comprise. Et, c'est moins glorieux : admirée. Mais après tout, je n'en ai peut-être pas plus besoin que quelqu'un qui aime cuisiner et pour qui la cuisine n'a de sens que si elle est mangée par d'autres.

Bref : je n'en ai pas encore fini avec les hésitations littéraires et narcissiques.