04 octobre 2015

Samedi

automne_en_baviereÇa avait mal commencé, ce samedi matin.

Il faisait beau quand je me suis réveillée, meilleur que les jours passés. A l'oreille, j'ai reconnu le DVD que les enfants étaient en train de regarder, et aussi qu'elles s'étaient débrouillées pour leur petit déjeuner. De bonnes nouvelles, donc. J'ai repensé qu'on pourrait faire tous ensemble la liste des choses qu'on avait envie de faire ce week-end - j'avais vu ça dans un blog de mère de famille - et je me suis demandé ce que je pourrais y mettre.
Du lit je voyais les feuilles des platanes, pas encore jaunies. D'où venait qu'on reconnaissait déjà l'automne ? L'automne, comme à Paris autrefois : marcher dans le Marais et s'arrêter souvent, ne presque rien manger de la journée mais seulement des choses qu'on a exactement envie de manger. Le soir, quand le soleil n'est pas encore couché, s'asseoir au bord du canal de la Villette, boire une bière, aller voir un film.
La vie avait changé, en douze ans, j'ai tout fait pour qu'elle change. Et aujourd'hui il faisait beau mais sur ma liste de choses à faire, je ne pouvais rien trouver d'autre à écrire que "manger des crêpes". J'avais envie de pleurer maintenant, et c'était bien injuste pour ma vie, cette vie façonnée à la main, à laquelle il n'y avait rien à redire. Elle méritait mieux que moi, cette vie là, puisque je ne savais pas avoir envie d'emmener mes gosses à la piscine et de boire l'apéro avec les parents de leurs copains.
J'ai fini par sortir faire le marché. C'était un compromis acceptable : je devais traîner un chariot à roulettes, mais je pourrai aller me caler dans un café et surtout je serai seule, sans personne à surveiller ni rien à négocier.
C'est à ce moment-là qu'il s'est mis à pleuvoir. J'ai pensé tout de suite: tant mieux, on n'ira pas à la fête foraine. Le marché commençait à se vider. Ce n'était donc plus un beau samedi d'octobre, juste un samedi un peu gris. On n'aurait pas pu se promener dans le Marais, de toutes façons. Ça m'a fait du bien, j'ai eu vraiment envie de manger des crêpes au petit déjeuner demain.
Un café, et ça irait tout à fait bien. 

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15 juin 2015

La vie mode d'emploi - 6

sam-szafran-escalier-variation-iDescendre les escaliers de l'immeuble pieds nus, pieds nus sur la pierre froide et polie. C'est l'été, et je regarde mes pieds sur chaque marche, en pensant à ma grand-mère qui dirait si elle me voyait faire : "bohémienne aux grands yeux noirs", comme quand j'arrivais chez elle avec une grande jupe noire qu'elle n'aimait pas.

C'est l'été et je suis encore un peu chez moi dans le vieil escalier de ce vieil immeuble. Je connais l'odeur des appartements des voisins, ils savent à quelle heure mes enfants partent à l'école. C'est un presque-jardin de brique et de pierres, un jardin clandestin où les mini-Sidis vont parfois chasser les araignées et arroser des plantations souffreteuses.

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05 juin 2015

Le chemin

photo-13La première fois que j'y ai pensé, c'était un samedi matin, il y a un an et demie. Le téléphone avait sonné trop tôt, et le père de Pisderman nous a annoncé une mauvaise nouvelle. C'était brutal, et les filles, qui s'étaient agglutinées autour de nous pour comprendre ce qui se passait, y ont pensé aussi. Elle peut mourir ? Mais qu'est ce qui va se passer si elle meurt ?

Pendant 18 mois, j'ai repoussé les images qui arrivaient quand je pensais à elle. Je me suis accrochée, nous nous sommes tous accrochés à l'espoir de la sauver. On a cru aux médicaments, à la greffe, aux rayons. On a cru qu'en y croyant, ça marcherait. On a cru qu'avec sa force immense de petite fille, elle y arriverait.

Quand on a reçu le SMS qui annonçait sa rechute, j'ai su qu'on avait mis le pied sur le chemin terrible que j'avais si soigneusement contourné depuis des mois. Puis l'annonce que le traitement ne marchait pas, puis celle qu'il n'y avait plus d'autres traitements possibles que ceux qui soulageraient ses douleurs. Et un autre samedi matin, le téléphone a sonné à nouveau. Elle venait de s'envoler, doucement.

A chaque fois, un pas de plus sur le chemin. Bien obligé. Pas moyen de reculer.

Il y a eu l'enterrement, les fleurs des champs déposées sur le petit cercueil, et les vivants qui restent serrés les uns contre les autres. C'est arrivé pour de vrai.

J'ai fait un pas après l'autre, sans mourir de chagrin, ou de peur. Sans réaliser non plus tout à fait que nous ne quitterions plus le chemin, désormais.

*

La veille du jour où ma nièce nous a quittés, MicroSidi m'a donné un collier qu'elle avait fabriqué. Je l'ai mis autour de mon cou, ce collier d'enfant. C'était un crime de lèse-MILF, mes élèves ne s'y sont pas trompés ("c'est ta fille, maîtresse, qui a fait ce collier ?"). Le diamant en plastique a brillé au soleil de ces jours tristes, et chaque fois que je le regardais, je me souvenais de Noël dernier, où cinq petites filles, dont une promenant un pied à perfusion, jouaient sur le carrelage sans penser qu'il pouvait y avoir des chemins qu'on n'avait pas envie de prendre.Un diamant en plastique pour se souvenir qu'il y a toujours une miette de vie qui brille.

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17 mai 2015

N'en jetez plus

sempe love...enfin si, jetez-en encore, c'est trop bon.

Mon dernier message, écrit sur le mode bouhouhou-personne-ne-m'aime, avait pour thème officiel un sujet récurrent chez les blogueurs : la sortie de l'anonymat. Et voilà t'y pas que sous mes yeux ébahis, ce soir en rentrant de mon non-pont de l'Ascension (mon recteur préféré n'avait pas jugé utile de faire cadeaux à ses petits instits chéris de la journée de vendredi), je trouve des brouettes de commentaires révélant le thème officieux du fameux message : me faire tresser des couronnes par des lecteurs.

Alors merci, public en délire, d'avoir pris la peine de remonter mon petit moral et mon gros ego. Je suis remontée comme une pendule, maintenant, et je vais publier 3 billets par jour, obligé.

Enfin, dès que le lave-vaisselle sera réparé, parce que là tout de suite, j'ai Paic Citron Party.

12 mai 2015

J'ai besoin

vermeer"J'ai besoin !", pleurnichait MilliSidi quand elle était petite, comme justification ultime à l'une quelconque de ses revendications.

Moi, en ce moment, je crois que j'ai besoin d'écrire. Ca fait longtemps que j'y pense, longtemps que j'essaye par plage de dix minutes tous les trois mois. Plus longtemps encore que j'abandonne avant d'être arrivée au bout d'une idée.

Ce blog a presque trois ans et demie, et depuis sa création je consulte tous les jours les statistiques de fréquentation. Petit tic honteux et pénible, d'autant que le blog plafonne piteusement à une douzaine de lecteurs réguliers, peut-être vingt. C'est un échec cuisant, une amertume renouvellée quotidiennement en constatant que non, aucun éditeur ne s'est précipité sur moi pour me proposer d'écrire le livre qui fera de moi un prix Nobel.

Au début, j'ai essayé de ruser pour rameuter des lecteurs, en suivant des conseils destinés aux bloggeurs débutants : commenter sur d'autres blogs, écrire souvent. Ca n'a pas marché et ça m'a vite fatiguée.

Ces temps-ci - ça m'arrive régulièrement - je crêve d'envie de montrer le blog à mes copains. Aucun ne le connait ; d'ailleurs, les seuls lecteurs qui connaissent la vraie Sidi sont Pisderman et une copine qui vit suffisamment loin pour que nos quotidiens n'interfèrent pas, et que je ne sois pas forcée de me censurer pour éviter de la blesser. Parce que rompre l'anonymat, c'est exposer le dedans de mon crâne, dont Dieu sait qu'il est plein d'aspérités, aux gens avec qui je passe le week-end. C'est devoir écrire : "trop chouette soirée avec V. et P.", parce que je sais qu'ils liront, alors qu'on préfèrerait raconter autre chose. Pas forcément quelque chose qui déplairait aux intéressés, mais simplement autre chose. C'est surtout la garantie que mes enfants et mes parents finiront forcément par être au courant. Ce dont je n'ai aucune envie, parce que j'ai souvent décrit ici le creux de la vague. Ils la prendraient en pleine figure. Je n'ai clairement pas le droit de leur infliger ça.

Restent les copains avec qui je ne passe pas le week-end, ceux que je croise loin de mes gosses. Ils ne sont pas nombreux, mais je pense que ça en intéresserait quelques uns. Là, c'est la pudeur qui me retient. Je rêverais qu'ils découvrent un jour ce que j'écris, à condition que je ne sois pas au courant. Et puis ça serait passablement ridicule de dire : "tiens au fait, si ça t'intéresse, je raconte ma vie en pointillés sur un blog, voilà le lien". Je les vois d'ici rougir de gêne derrière leur écran, ne rien comprendre à mes bribes d'idées.

C'est donc l'absence de lecteurs potentiels qui m'a souvent découragée d'écrire ici, et d'écrire tout court d'ailleurs. Mais ces derniers jours, je me dis que, peut-être, ce qui compte n'est pas seulement d'être lue. Ce qui compte aussi (surtout ?) est le plaisir pris à écrire, plaisir réel, qui peut transformer une journée terne en quelque chose de riche, de rempli.

Et relisant ce dernier paragraphe, je réalise que c'est encore loin d'être vrai. J'ai besoin d'être lue, comprise. Et, c'est moins glorieux : admirée. Mais après tout, je n'en ai peut-être pas plus besoin que quelqu'un qui aime cuisiner et pour qui la cuisine n'a de sens que si elle est mangée par d'autres.

Bref : je n'en ai pas encore fini avec les hésitations littéraires et narcissiques.


10 mai 2015

La vie mode d'emploi - 5

lachassealoursDans notre mono-space préféré rempli de sièges auto, c'est souvent le Vietnam. Pisderman et moi, on serre les dents, on évalue nos chances de pouvoir rentrer à la maison à pied si on décide de sortir à la prochaine aire d'autoroute et de planter là les trois harpies hurlantes et trépignantes.

Mais parfois, les filles se mettent à chanter ensemble. Chacune à son tour choisit une chanson, sans savoir en général que cette chanson-là, je la chantais à l'arrière d'une autre voiture, quand les ceintures de sécurité n'étaient pas encore tout à fait obligatoires. Je la chantais quand elles étaient dans mon ventre, et quand elles savaient encore se rouler en boule contre l'épaule de celui qui essayait de les endormir.

Pisderman, qui sait tout ça, chante avec sa voix grave, sa voix dont je suis tombée amoureuse il y a 18 ans et quelques jours. Et moi qui chante aussi, je sens que j'ai quatre poumons au lieu de deux, et qu'il fait soleil et que j'aurais eu bien tort de rentrer en stop.

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01 mai 2015

La chanson d'à côté

manet joueur fluteL'autre jour, c'est arrivé. Dans un jardin public, une fille assise à côté de moi s'est mise à chanter. Elle était très enceinte, je lui enviais vaguement son ventre chaud qui l'accompagnait partout encore pour quelques jours. Je la connaissais de vue, mais elle n'a pas eu l'air de m'identifier. En regardant ses gosses jouer, et entre deux "range le ballon s'il te plait" et "tu peux me laisser ton pull si tu veux", elle fredonnait la ballade du phoque en Alaska. Je n'ai rien dit, parce que j'étais jalouse du ton paisible qu'elle avait pendant que moi j'étais en train de mourir d'ennui, parce que je sentais que je n'aurais pas pu m'empêcher de lui parler de son bébé bientôt né, et que je n'avais pas envie d'être la vieille crochue, celle qui se retient de poser ses mains sur un ventre rond, jusqu'au moment où elle ne se retient plus et touche un corps qui n'a rien demandé, on voudrait la giffler, mais dans le meilleur des cas on peut seulement s'enfuir et rester poli.

Je n'ai rien dit parce qu'il n'y avait rien à dire, mais j'étais émue de cette berceuse que seul l'enfant invisible et moi entendions.

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24 avril 2015

Sidi tourne encore en canard

fautrierJ'ai le cerveau qui tourne en canard. Ca n'est pas un scoop et ce blog est là pour en témoigner.

Même quand on n'a pas vu un nuage de la journée et que Pisderman a été ému, plus que je ne l'aurais espéré, par le cadeau d'anniversaire que j'ai eu du mal à lui choisir, mon cerveau brasse en rond et cent fois sur le métier remet la mélancolie.
Je lui en veux, à ce cerveau circulaire et cyclique, mais de moins en moins. J'essaye ces derniers temps de l'apprivoiser. Depuis que quelqu'un m'a dit que j'étais peut être un zèbre, que j'ai passé deux jours à faire des tests de QI sur internet, claqué 25 euros pour acheter un bouquin sur la question, et abusé de la patience de Pisderman pendant une semaine, pour finalement retenir de cette plongée dans la psychologie de comptoir que :

1/ mieux vaut que je ne sache jamais si je fais partie des 3% des gens dont le QI est le plus élevé, car ma modestie risquerait de ne pas s'en relever ;

2/ qu'importe le QI pourvu qu'on ait la sagesse. En l'occurrence, la sagesse de ne pas passer ma vie à me battre contre moi-même, mes envies brutales, mes chagrins d'enfant. Et mon cerveau cyclique, donc.


Ce soir, Pisderman m'a envoyée voir ailleurs si mes gosses y étaient,  et je me suis promenée toute seule sur un chemin doré qui sentait la résine. Mon cerveau écrivait un roman circulaire et cyclique, des discours inauguraux, des lettres ouvertes, des épitaphes. Comme toujours, mais je n'y fais pas souvent attention.

Ce qui m'a frappée, juste avant d'arriver à la maison, c'est que mon esprit n'avait pas été pour une fois autour de moi comme une nuée de moustiques, mais à côté. Il m'accompagnait. C'est peut être la première fois que j'ai été, pour moi même, de bonne compagnie.

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23 avril 2015

A pieds joints

miro Cette semaine, les deux grandes sont en vacances avec mes parents et je suis à la maison avec ma terreur préférée, j'ai nommé NanoSidi.

Cette enfant est en perpétuelle oscillation. Elle est ravie d'avoir ses zadultes pour elle toute seule,  et enragée de ne pas pouvoir jouer avec ses soeurs. Elle se roule par terre parce que j'ai voulu l'aider à verser du sucre dans son yaourt, hurle : "T'ES MESSANTE ZE T'INVITERAI PAS A MON NANNIVERSAIRE" et cinq minutes plus tard, se colle contre moi en essayant maifestement de retourner à l'intérieur de mon utérus.

Bref, faut suivre.

Mais pour une fois, j'ai le temps, de suivre. Le temps, et une patience moins mise à mal par 22 moucherons sous amphètes. Et même si je me paie dix caprices par jour (quelle idée aussi de vouloir l'aider à verser ce putain de sucre dans ce putain de yaourt), je me marre. Et je la regarde, sauter à pieds joints depuis l'avant-dernière marche de tous les escaliers qu'elle croise, puis continuer sur le trottoir comme un kangourou minuscule et frisé.

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08 avril 2015

Ne pas être

grand-soir-poster

Autour de chez moi a poussé ces derniers temps du mobilier urbain tout neuf : des chaises, en bois et en métal, avec ou sans accoudoir, un peu espacées et jamais ni côte à côte, ni en vis à vis. Des chaises publiques, manifestement plus en vogue que les bancs du même nom.

On imagine pouvoir s'y asseoir pour lire son bouquin ou manger un sandwich. Pas pour discuter avec son prochain, étant donnés la distance entre chaque fauteuil et son orientation aléatoire par rapport aux fauteuils situés à proximité ; orientation prévue sans doute pour que le mangeur de sandwich n'ait pas une vue directe sur le bouquin du lecteur, et pour que le lecteur ne soit pas indisposé par l'odeur de saucisson environnant son non-voisin.Quoiqu'en y regardant de plus près, les chaises étant disposées très près de la route, ça n'est sans doute pas l'endroit idéal pour manger ou lire, à moins d'aimer particulièrement respirer du gazoil. Raté aussi, du coup, pour les amoureux assis sur les genoux l'un de l'autre - puisque les chaises ne sont pas assez larges pour s'installer côte à côte - sauf pour ceux qui ont décidé d'inscrire leur amour sous le signe des particules fines.

On se demande donc quel argument a bien pu avancer le chargé de projet urbanisme qui a vendu ces fauteuils aux services techniques municipaux. Quand soudain : eurêka. Il leur a vendu des repousse-clochards. "Le fauteuil InYourAss, c'est la garantie d'un développement urbain harmonieux et durable, dans le respect des usagers et de l'environnement. Je vais être franc avec vous, Monsieur le Directeur Technique : avec le fauteuil InYourAss, les clochards l'auront dans le cul". Impossible en effet de dormir, ou même de passer trop longtemps sur ces fauteuils du futur. Difficile d'organiser un sit-in de punks à chiens autour, compte tenu de la proximité de la route. En voilà un objet qu'il est polyvalent et bien conçu.

 

Hier, à la radio (enfin, ce qu'il en reste), j'ai entendu Daniel Pennac parler de ses remèdes à la mélancolie. C'est essentiel, disait-il, de savoir ce qu'on est heureux de ne pas être, avant de pouvoir réfléchir à ce qu'on est, ou qu'on serait, heureux d'être.

Je suis donc infiniment heureuse de ne pas être l'urbaniste qui a inventé les chaises repousse-clochards.

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