photo-13La première fois que j'y ai pensé, c'était un samedi matin, il y a un an et demie. Le téléphone avait sonné trop tôt, et le père de Pisderman nous a annoncé une mauvaise nouvelle. C'était brutal, et les filles, qui s'étaient agglutinées autour de nous pour comprendre ce qui se passait, y ont pensé aussi. Elle peut mourir ? Mais qu'est ce qui va se passer si elle meurt ?

Pendant 18 mois, j'ai repoussé les images qui arrivaient quand je pensais à elle. Je me suis accrochée, nous nous sommes tous accrochés à l'espoir de la sauver. On a cru aux médicaments, à la greffe, aux rayons. On a cru qu'en y croyant, ça marcherait. On a cru qu'avec sa force immense de petite fille, elle y arriverait.

Quand on a reçu le SMS qui annonçait sa rechute, j'ai su qu'on avait mis le pied sur le chemin terrible que j'avais si soigneusement contourné depuis des mois. Puis l'annonce que le traitement ne marchait pas, puis celle qu'il n'y avait plus d'autres traitements possibles que ceux qui soulageraient ses douleurs. Et un autre samedi matin, le téléphone a sonné à nouveau. Elle venait de s'envoler, doucement.

A chaque fois, un pas de plus sur le chemin. Bien obligé. Pas moyen de reculer.

Il y a eu l'enterrement, les fleurs des champs déposées sur le petit cercueil, et les vivants qui restent serrés les uns contre les autres. C'est arrivé pour de vrai.

J'ai fait un pas après l'autre, sans mourir de chagrin, ou de peur. Sans réaliser non plus tout à fait que nous ne quitterions plus le chemin, désormais.

*

La veille du jour où ma nièce nous a quittés, MicroSidi m'a donné un collier qu'elle avait fabriqué. Je l'ai mis autour de mon cou, ce collier d'enfant. C'était un crime de lèse-MILF, mes élèves ne s'y sont pas trompés ("c'est ta fille, maîtresse, qui a fait ce collier ?"). Le diamant en plastique a brillé au soleil de ces jours tristes, et chaque fois que je le regardais, je me souvenais de Noël dernier, où cinq petites filles, dont une promenant un pied à perfusion, jouaient sur le carrelage sans penser qu'il pouvait y avoir des chemins qu'on n'avait pas envie de prendre.Un diamant en plastique pour se souvenir qu'il y a toujours une miette de vie qui brille.